19 août 2000
Le Monde
Les 312 confessionnaux, mis en place au Circo Massimo pour accueillir les jeunes pèlerins accomplissant le parcours du Jubilé, ne désemplissent pas
REPORTAGE : Le maire, Francesco Rutelli : « Le
plus grand rassemblement que la ville ait jamais connu »
ROME-La place Saint-Pierre prend des allures de Versailles au moment des grandes eaux : un jet s'élève dans le ciel et retombe en rosée. Sauf qu'il ne s'agit pas d'une fontaine, mais d'une lance à incendie qui arrose en permanence la foule. Il fait 39 degrés à l'ombre. Bravant la canicule, un ruban ininterrompu de jeunes monte à l'assaut de la basilique, bannières en tête. Les pèlerins des JMJ accomplissent les rites du Jubilé.
Les organisateurs avaient calculé qu'en trois jours, du mercredi 16 au vendredi 18 août, tous les participants pourraient suivre le parcours imposé au pénitent. A savoir franchir la Porte sainte de la basilique Saint-Pierre - qui ne s'ouvre que tous les vingt-cinq ans pour l'Année sainte -, puis se rendre au Circo Massimo afin de se confesser. Mais, le nombre de jeunes augmentant de jour en jour (on en était vendredi à huit cent mille), on a décidé d'ouvrir une «Porte sainte-bis». Les pèlerins peuvent donc également entrer par un second portail situé à droite.
Ils se préparent par petits groupes, en lisant le livret du pèlerin qui leur a été remis au début des JMJ. Le thème choisi est celui des Béatitudes, tirées du sermon de Jésus sur la montagne selon l'Evangile de Matthieu : « Heureux les pauvres de coeur. » Ils entonnent des cantiques, avant de se joindre au flot des pèlerins. Exceptionnellement, les cerbères qui gardent l'entrée de la basilique ne sont pas trop exigeants sur la tenue. Ils ferment les yeux sur les shorts et les petits hauts à bretelles qui, d'ordinaire, sont rigoureusement bannis. « Nous ne sommes pas des gendarmes », lâche laconiquement l'un d'eux.
La basilique appartient aux jeunes. Ils touchent le marbre du montant de la porte, avant de s'avancer dans la nef immense, un peu hébétés par la solennité des lieux. Une sono diffuse des prières et des chants religieux en continu. Le calme est impressionnant. Trois rayons de lumière tombent de la coupole dessinée par Michel-Ange. Les pèlerins font le tour de l'autel de marbre qui surplombe le lieu où l'apôtre Pierre a été enterré après son martyre. Certains s'agenouillent. « Please, go quickly », répète un volontaire qui canalise le flot. Un couple s'embrasse tendrement dans un coin : « Nous nous marions dans quinze jours. »
DEBOUT OU ASSIS DANS L'HERBE
Dehors, sur la grande place, un protestant d'Aix-en-Provence distribue des Evangiles en français, en italien et en anglais. Il appartient aux Eglises évangéliques libres. « Moi, la Porte sainte, ce n'est pas mon truc. C'est la foi qui sauve, pas les oeuvres », professe-t-il en bonne théologie protestante. Un groupe de Nouvelle-Calédonie se fait prendre en photo devant la basilique avec un drapeau canaque. Des jeunes d'Ile-de-France reprennent souffle : « Nous avons mis deux heures pour aller du Circo Massimo à Saint-Pierre . » Ils ont suivi le parcours du Jubilé à l'envers.
Au Circo Massimo, qui voyait passer dans l'Antiquité les courses de chars, les confessionnaux ne désemplissent pas. Il y en a trois cent douze. Des constructions astucieuses qui permettent au pénitent de s'agenouiller ou de s'asseoir, au choix. Les prêtres qui n'ont pas trouvé de place confessent debout ou assis dans l'herbe. Un prêtre polyglotte a placé auprès de lui un petit panneau : « English, italiano, français, espanol, deutsch. » Les jeunes qui attendent se réfugient sous les arbres, pour se mettre à l'ombre. Les volontaires chargés de l'accueil font leurs statistiques : « A raison de mille quatre cents prêtres présents au cours de la journée, et compte tenu de la durée moyenne d'une confession, au moins vingt-cinq mille pénitents ont reçu le sacrement de la réconciliation. » Chaque jeune doit ensuite brûler quelques grains d'encens sur une vasque, près de la croix de bois, symbole des JMJ. A la tombée de la nuit, la vasque fume encore.
Il est 20 heures et les églises de Rome font portes ouvertes. Soeur Emmanuelle parle à La Maddalena, la communauté de l'Emmanuel est sur la piazza Navone, les Foyers de charité dansent devant l'église Saint-Louis-des-Français. Sur le Capitole, Taizé a pris possession de l'église de l'Ara Caeli. Un jeune Asiatique écoute les chants, allongé sur le pavement, fixant le plafond à caissons dorés. « C'est le plus grand rassemblement qui se soit jamais produit à Rome », a annoncé le maire, Francesco Rutelli. Ajoutant : « Les jeunes ont pris possession de la ville, mais d'une façon joyeuse et sereine. » Pour preuve : « Pas une fleur n'a été arrachée sur les parterres de la place de Venise. »
Xavier Ternisien